Pétition pour recouvrer les biens et les avoirs financiers pillés par les dirigeants algériens

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vendredi 11 mai 2012

Human Right Watch dénonce une forte répression des manifestations

«Les autorités algériennes ont recouru à des arrestations pour empêcher les gens de manifester dans la capitale pendant la période précédant les élections du 10 mai 2012», a déclaré l’ONG Human Rights Watch, hier dans un communiqué de presse.

Les forces de sécurité continuent de placer en détention les citoyens qui essaient de manifester pacifiquement à Alger et ont empêché des gens d’arriver jusqu’à la ville car suspectés d’avoir l’intention de manifester, selon le communiqué. Parmi les personnes arrêtées ces dernières semaines, Hakim Addad, ancien secrétaire général du RAJ, qui est candidat du Front des forces socialistes (FFS), de même que Tahar Belabès, porte-parole du CNDDC, Mourad Tchiko, membre du Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (Snapap), Abdou Bendjoudi, militant du Mouvement des jeunes indépendants pour le changement (MJIC), et Yacine Zaïd, membre de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), sans oublier l’affaire Kherba, rappelle-t-on.
Par ailleurs, plusieurs groupes de jeunes ont été arrêtés en ville, notamment le 20 avril et nombreux autres ont été empêchés de gagner la capitale, selon divers témoignages rapportés dans ledit communiqué. «Si les autorités algériennes ont vraiment l’intention de respecter les droits humains et les réformes démocratiques, elles devraient assouplir les lois pour montrer qu’elles ne craignent pas de laisser les Algériens exercer leur droit de rassemblement», a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.       

N. S. Elwatan
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Islamists poised for strong showing in Algeria vote


By Christian Lowe and Lamine Chikhi
ALGIERS, May 11 (Reuters) - Results of an Algerian parliamentary election to be announced on Friday were likely to hand an unprecedented share of seats to moderate Islamists, easing pressure for change in a country left behind by last year's "Arab Spring."
But many people were mistrustful of promises from the ruling elite - in power uninterrupted since independence 50 years ago - that it was embarking on genuine democratic reform.
A strong performance for Islamists would bring Algeria, which supplies about one fifth of Europe's natural gas imports, into line with Arab neighbours who have seen Islamists come to power after last year's uprisings.
In contrast to countries such as Egypt and Tunisia, the Islamists seeking office in Algeria are firmly part of the establishment, have no radical agenda and are unlikely to try to undo the ruling elite's grip on power.
Algeria's rulers responded to the upheavals in neighbouring countries by promising its own people an "Algerian Spring" - a managed process of reform, with the election as the first step.
"The young people will make an Algerian Spring in this election," said Bouguera Soltani, whose mildly Islamist "Green Alliance" coalition is tipped to become one of the biggest forces in the new parliament.
"The 2012 parliament is different from the previous ones because it will have new prerogatives. People who boycott (the vote) will regret it," he said on Thursday as he voted near his home in Staoueli, a town west of the capital.
INDIFFERENCE
Interior Minister Daho Ould Kablia, who is overseeing the election said he would announce the results at 3:00 p.m. (1400 GMT) on Friday. Earlier, he said turnout was 42.9 percent, not the mass abstention many people had been expecting.
Nevertheless, the election has been low-key and marked by widespread indifference from Algerians who find it hard to believe anything is going to change.
Many believe real power lies with an informal network commonly known by the French term "le pouvoir," or "the power," which is unelected, has been around for years and has its roots in the security forces. Officials deny this network exists.
Yacine Zaid, a human rights activist and opponent of the ruling elite, said he thought the election was "a masquerade, a circus. ... The authorities have always dared to do what they want, to give whatever figures are in their head."
However, there is little appetite for a revolt. Energy revenues have lifted living standards and people look with alarm at the bloodshed in neighbouring Libya after its insurrection.
In Algeria, a conflict in the 1990s between security forces and Islamist insurgents, which killed an estimated 200,000 people, still casts a shadow. The fighting started after the military-backed government annulled an election which hardline Islamists were poised to win.
TRANSITION TO DEMOCRACY?
President Abdelaziz Bouteflika has said the election is the first phase in a programme of reform that will turn Algeria into a genuine democracy, though many people question whether the "pouvoir" will really relinquish power.
The reforms coincide with the 50th anniversary this year of independence from France. This will be an occasion for lavish celebration, and also soul-searching about whether the country is on the right path.
The first step is likely to be the appointment of a new prime minister, which is the president's prerogative.
Many analysts expect the holder of the office, Ahmed Ouyahia, to be replaced by someone from the Islamist camp, possible Amar Ghoul, who is now public works minister.
Later this year, the new parliament will vote on proposed changes to the constitution, which will probably reduce the president's power.
The final step in the promised transition will be the choice of a new president. Bouteflika, 75 and frail-looking, is not expected to run again when his third term ends in 2014, and could even step down before that. (Additional reporting by Hamid Ould Ahmed; Editing by Eric Walsh)

REUTERS
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jeudi 10 mai 2012

Grève de la faim et suspension des syndicalistes du secteur de la justice Le conflit syndicat-chancellerie perdure

Inextricable est le moins que l’on puisse dire le conflit opposant les fonctionnaires de la justice à leur département. Les travailleurs ont été contraints de reprendre du service, alors que leurs collègues syndicalistes sont en grève.

Les membres du bureau fédéral du Syndicat autonome des fonctionnaires de la justice bouclent aujourd’hui leur cinquième jour de grève de la faim. Un groupe de fonctionnaires du tribunal de Bir-Mourad-Raïs s’est joint, hier, aux syndicalistes qui ont entamé dimanche cette action pour protester contre le mutisme de la tutelle. Ultime recours après avoir épuisé tous les moyens légaux de contestation : débrayage, rassemblements, correspondances officielles et interpellation du premier magistrat du pays.
Face à toutes ces actions de protestation, la chancellerie est restée imperturbable poussant les responsables syndicaux à tenter de la faire réagir en optant pour une grève de la faim au siège du Snapap. Mais, selon toute vraisemblance, cette décision extrême est loin d’avoir l’écho attendu, même si les premières complications commencent pour certains grévistes.
En effet, au quatrième jour de la grève de la faim, une des grévistes a été prise de malaise et a refusé de se rendre à l’hôpital. Le ministère de la Justice ne bronche toujours pas. Bien au contraire. Selon la Fédération nationale des fonctionnaires de la justice, la campagne de pression et d’intimidation des fonctionnaires qui ont osé prendre part au mouvement de grève se poursuit de plus belle. Les sanctions notamment à l’encontre des représentants du syndicat autonome font rage à travers divers cours et tribunaux.
La dernière en date est la suspension de B. A., représentant de la cour de Relizane, et avant lui d’autres syndicalistes de Blida, de Biskra… Un appel a été lancé par le Snapap à tous “les fonctionnaires sanctionnés à rejoindre leurs collègues syndicalistes en grève de la faim pour débattre d’une stratégie de défense”.
Un appel est lancé à tous les travailleurs du secteur dénonçant “l’attitude inhumaine et méprisante de la tutelle vis-à-vis des travailleurs qui se sacrifient physiquement pour faire entendre leurs revendications légitimes”. Le Snapap rappelle que “parmi ces travailleurs des milliers sont des professionnels ayant servi sans faille mais sont aujourd’hui diabolisés parce qu’ils ont osé demander un statut”.

M.B LIBERTÉ 
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mercredi 9 mai 2012

Algérie : "Le véritable enjeu, c'est l'abstention"

En Algérie, les élections législatives se déroulent ce jeudi 10 mai. Malgré le printemps arabe et un semblant d'ouverture démocratique, le pouvoir en place ne semble pas prêt à partager le pouvoir. Facteur inquiétant pour le régime d'Abdelaziz Bouteflika : l'important risque d'abstention. Amel Boubekeur, chercheur à l'EHESS, l'École des hautes études en sciences sociales, et à l'ENS, l'École normale supérieure, spécialiste de la politique algérienne, revient sur les éléments clefs de ces élections.

Amel Boubekeur


Antoine Mouteau pour ARTE Journal : quels sont les véritables enjeux du scrutin de ce jeudi 10 mai ?



AB : ''Le véritable enjeu de cette campagne électorale est à placer dans le cadre des printemps arabes. L'Algérie, qui voit différents bouleversements dans les pays voisins, a décidé, à travers les élections législatives, de mettre en place une espèce de scénario de réformes. Ces élections législatives ont pour but de constituer un nouveau parlement. Le parlement sera à priori responsable de l'élaboration d'une nouvelle constitution. Le problème, c'est que les véritables partis d'opposition n'ont pas été associés à ce processus. L'enjeu principal est donc, pour le pouvoir algérien, de donner à voir à l'extérieur une mise en scène d'élections démocratiques et pluralistes, ce que ces élections ne sont pas. De nombreuses initiatives appelant au boycott ont été sévèrement réprimées, des militants jetés en prison, d'autres harcelés. Il y a un véritable tabou autour de la question de ces élections. On n'est pas là dans un processus transparent et démocratique.''


L'Algérie est l'un des rares pays de la région à ne pas avoir été fortement ébranlé par le printemps arabe. Les réformes initiées par le président Bouteflika pour contenir une contagion de la révolution ont-elles porté leurs fruits ?



AB : ''Il y a deux mythes principaux qu'il faut avoir en tête lorsque l'on parle de l'Algérie dans un contexte de printemps arabe. Le premier, c'est l'idée que l'Algérie n'aurait pas du tout été touchée par la vague de protestation. Le second, c'est que le pays s'acheminerait finalement vers une transition plus ou moins contrôlée, à travers les élections législatives et d'autres réformes initiées par le président Bouteflika.

1) Le pays a été et continue d'être extrêmement touché par la vague de protestation qu'a connu le monde arabe. La protestation gagne, chaque jour, des corps complètement dépolitisés de la société, des syndicats, des gens qui entament des grèves, etc. On est au-delà de l'opposition à un système à travers des partis d'opposition. Il s'agit là d'une opposition majeure, d'un rejet majeur du pouvoir algérien par la société civile. L'Algérie est bel et bien touchée par le printemps arabe. J'en veux pour preuve la sévérité de la répression de toute voix discordante au sein de la société civile.

2) Le deuxième mythe, qui consisterait à dire que ces élections sont l'illustration d'un processus de transition contrôlé par le haut, est mis à mal par l'abstention massive et le rejet de ces élections par l'ensemble des citoyens algériens. Il faut voir la violence du rejet de ces élections sur internet, les réseaux sociaux, dans les cafés et dans les stades.''


Comment peut-on expliquer la décision du RCD, le Rassemblement pour la culture et la démocratie, de boycotter les élections législatives ?



AB : ''La décision du RCD de boycotter les élection législatives, comme celle du FFS, autre parti d'opposition, de participer à ces élections, sont à comprendre en terme d'opportunité. Depuis vingt ans, le pouvoir algérien ouvre des fenêtres d'opportunité à certains partis, en les invitant à prendre part aux processus électoraux. Il s'agit maintenant du FSS, le Front des Forces socialistes, mais pendant dix ans, des invitations ont été lancées à d'autres partis, notamment à des partis islamistes. D'autres partis ne sont pas invités à se présenter et à participer à ces élections. On peut donc comprendre la décision de certains d'entre eux de participer ou non, en fonction des opportunités proposées par le pouvoir. Mais cette décision est rarement prise en fonction des enjeux qui se posent aux citoyens. Après les évènements de février 2011, les manifestations qu'il tentait de mettre en place chaque samedi et leur relatif échec, le RCD semble chercher d'autres voies que la voie représentative pour compter au sein de la société civile. La volonté d'accompagner un mouvement de mécontentement au sein de la population civile va croissant."


Alors qu'Abdelaziz Bouteflika a multiplié les appels à une large participation, Abdelaziz Belkhadem, secrétaire général du FLN, le Front de libération nationale au pouvoir, a quant à lui déclaré qu'il se satisferait de 45% de participation. L'abstention ferait-elle peur à la majorité présidentielle ?



AB : ''Le véritable enjeu des élections législatives, aujourd'hui en Algérie, ce n'est ni la participation, ni la volonté d'illustrer un processus démocratique. Le véritable enjeu qui pourrait donner du sens à ces élections, c'est l'abstention. On observe une importante panique dans les rangs du système au pouvoir. L'abstention a toujours été massive en Algérie, les gens ne croient plus à la qualité du processus consultatif à travers ces élections. Mais ce qui a changé désormais, c'est que les gens ne font plus seulement preuve d'indifférence, mais de mécontentement. Cela fait peur au système en place, dans un contexte où les grèves et les émeutes n'ont pas cessé."


ARTE JOURNAL
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Le silence exaspéré des urnes en Algérie

La contestation qui secoue l'Algérie depuis des années fait partie de la « routine ».

La plupart des Algériens vont protester en silence, faute d’espérer un changement politique.
Les appels au boycott sont réprimés et leurs auteurs arrêtés.
Avec cet article

Au bout de quelques minutes de trajet, le « taxieur » – chauffeur de taxi en Algérie – ne peut s’empêcher de briser le silence « Alors, Sarkozy ou Hollande ? »  Ces dernières semaines, pendant la campagne pour les élections législatives algériennes, les Algériens ont vécu une passion politique par procuration. Quant au scrutin de ce 10 mai, chez eux, la moue dédaigneuse du taxieur ne souffre aucun commentaire.
Nalia, jeune psychologue à l’hôpital du quartier populaire de Bab-El-Oued, rit du bon coup qu’elle a préparé. Elle est l’une des rares personnes à annoncer son intention de voter. Mais, pour exprimer tout le mal qu’elle pense des « réformes »  annoncées par le président Abdelaziz Bouteflika et de la floraison de partis politiques créés ces derniers mois pour offrir une vitrine démocratique à l’Algérie, elle glissera dans l’urne un bulletin « Jean-Luc Mélenchon » que des amis venus de France lui ont tout spécialement apporté.

L’absention comme moyen d’expression

L’ambiance n’est guère rieuse, même si l’humour s’invite sur les panneaux d’affichage électoraux et les dessins de presse. Un bras de fer oppose les autorités algériennes à la population, qui appelle au boycott afin de battre les… 63 % d’abstention de 2007.
Dimanche dernier, le jour où la France se mobilisait pour voter, de l’autre côté de la Méditerranée, le célèbre militant des droits de l’homme Ali Yahia Abdenour appelait, dans le quotidien   El Watan  , avec toute la sagesse de ses 91 ans, à la « priorité politique absolue »  du boycott. L’arme du silence pour crier haut et fort le rejet de la classe politique et fragiliser ce que les Algériens appellent unanimement « le système »,  cet État sécuritaire dirigé en sous-main par les militaires et les services de renseignement et qui tire profit de la rente pétrolière.
Une arme combattue par le gouvernement, qui martèle que ces élections ne sont pas comme les autres – le président les a comparées à l’insurrection du 1er  novembre 1954 –, brandit le processus démocratique et lâche sa police politique dans les rues. « Le ministère de l’intérieur nous envoie des textos pour aller voter. Tous les numéros de portables sont sur un fichier ! »,  s’insurge le jeune Kamel pris à rebrousse-poil par ces injonctions gouvernementales.

Dysfonctionnements multiples

 « Rien n’a changé »,  déplore une jeune femme médecin portant un panneau « manque de vaccins, le retour des maladies infectieuses ? » « Psychologue en colère »,  affiche une autre en dépit de son air de jeune femme rangée.
Quelques centaines de spécialistes de la santé, très largement des femmes, sont venues de tout le pays le 2 mai pour faire un sit-in devant le ministère de la santé, encerclé par les forces de l’ordre, afin de revendiquer de meilleurs statuts et la possibilité d’exercer leur métier. « On manque des médicaments essentiels, sérums, antibiotiques, anesthésiants, etc. la pénurie est devenue chronique, on doit ajourner des chimiothérapies, des malades doivent trouver eux-mêmes leurs médicaments »,  explique Mohamed Yousfi, représentant du syndicat des spécialistes, pour dire à quel point la riche Algérie dysfonctionne.
 « Il y a eu une période de calme l’an dernier après que le président a fait des promesses de changement, puis tout a repris, la contestation, les grèves, les sit-in, les grèves de la faim… »,  constate Rachid Malaoui, président du Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (Snapap), syndicat non reconnu, bête noire des autorités qui n’arrivent pas à enrayer son expansion.
Et il énumère les raisons de la colère : « La crise du logement, le chômage, le prix du kilo de pommes de terre qui a grimpé jusqu’à 100 dinars (1 €) alors que le smic est à 15 000 dinars (150 €), l’injustice : sans connexion dans l’administration, impossible d’obtenir un papier.  »

Un état d’urgence permanent

« Le pouvoir a peur de la société civile, il a durci les conditions. Les nouvelles lois ont officialisé les interdits de l’état d’urgence,  explique Rachid Malaoui.  Il faut dorénavant un agrément pour créer une association. Or sans agrément, impossible d’exister publiquement, de simplement louer une salle pour se réunir.  » Le rapporteur spécial de l’ONU Maina Kiai s’en est d’ailleurs ému vendredi dernier, jugeant « regrettable que l’Algérie se singularise par un retour en arrière dans le domaine de la liberté d’association  ».
Cette dernière n’hésite pas à recourir aux méthodes les moins avouables. À peine le Snapap a-t-il annoncé la création de la Confédération nationale autonome des travailleurs algériens (Cnata), pour renforcer l’action syndicale et contrer la très officielle Union générale des travailleurs algériens (Ugta), que sa maison des syndicats a été cambriolée, le 2 mai, et son ordinateur volatilisé… La voiture de Rachid Malaoui avait, l’été dernier, été trafiquée mais sa plainte pour tentative d’assassinat est restée sans suite.

Intimidations

Ces derniers temps, il ne fait pas bon, pour un protestataire, se montrer aux abords de la majestueuse Grande Poste et de la rue Didouche-Mourad, le cœur d’Alger qui fourmille de policiers en tenue et d’agents en civil.
Six militants du Mouvement des jeunes indépendants pour le changement (MJIC), créé en mars 2011, ont été interpellés le 3 avril après qu’ils ont eu le temps de distribuer un millier de tracts pour le boycott, très fiers d’avoir déjoué un court moment les services de sécurité et réussi à regrouper une centaine de personnes, alors que les rassemblements restent interdits. « On donne un contenu politique au boycott, ce n’est pas juste de l’abstention  », justifie le jeune Abdou Bendjoudi, l’un des fondateurs du MJIC.
Depuis, la traque aux boycotteurs s’est intensifiée. « On est totalement surveillés, infiltrés sur le Net, les services de renseignements sont postés jour et nuit sur Facebook  », ajoute-t-elle un brin lasse. Un agent en civil l’a accostée dans la rue pour lui demander des nouvelles de son père malade. « Jouer sur la famille, c’est une pratique classique d’intimidation  », précise-t-elle.
« C’est vraiment difficile de faire un sit-in à la Grande Poste  », soupire Omar Kofkof, coordinateur pour la ville de Sétif du comité des pré-emploi – emplois jeunes pour les diplômés de l’enseignement supérieur – affilié au Snapap « Si la date du rassemblement est connue, les trains et les bus qui entrent dans Alger sont contrôlés et on est refoulés, même Facebook est difficile à utiliser, il faut se contenter du bouche-à-oreille  », explique-t-il. Lundi 7 mai, dans un vaste coup de filet, plus de 150 personnes ont été arrêtées quelques heures.
C’est dans ce coin névralgique de la Grande Poste que Tarek Mameri, jeune internaute de 23 ans, a été embarqué de force le 1er  mai. Dans ses vidéos postées sur YouTube, il détruisait sa carte d’électeur et déplaçait des panneaux d’affichage électoraux. Remis en liberté, il sera jugé le 30 mai pour destruction des biens d’autrui et de documents officiels, pour incitation à attroupement et outrage à corps constitué.
« Toute personne qui appelle au boycott se retrouve dans les geôles algériennes  », tempête l’avocat Amine Sidhoum, qui a créé en janvier le réseau des avocats de défense des droits de l’homme (RADDH). « Un petit réseau limité à une vingtaine d’avocats qui se connaissent bien pour éviter toute infiltration  », précise-t-il pour souligner la suspicion qui rôde en permanence.

Impasse de la transition politique

Parmi les diverses affaires en cours, la condamnation à un an de prison avec sursis et 20 000 dinars d’amende (200 €) d’Abdelkader Kherba, libéré le 3 mai après quinze jours de détention, a suscité la plus vive réprobation. Ce représentant des comités de chômeurs et membre de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme est coupable d’incitation à attroupement, d’usurpation de fonction et d’entrave au fonctionnement d’une institution. « Tout simplement parce qu’il est allé soutenir les greffiers en grève depuis une dizaine de jours  », soupire Amine Sidhoum, qui a fait appel de la décision.
La contestation qui secoue le pays depuis des années fait partie de la « routine  ». « Ça peut durer encore longtemps  », pronostique Nacer Djabi, sociologue à l’université d’Alger. « Les Algériens ne croient pas à une solution collective. Les revendications restent corporatistes pour obtenir une part du gâteau de la rente pétrolière. Cette rente explique largement l’impasse de la transition politique en Algérie  », relève-t-il. La population soutient tacitement. Elle n’ira pas voter.

MARIE VERDIER envoyée spéciale à Alger
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Algérie: Forte répression des manifestations à l’approche des élections

Mises en détention et autres tactiques visant à bloquer tout rassemblement dans la capitale
 
(Alger, le 9 mai 2012) – Les autorités algériennes ont recouru à des arrestations, parmi d’autres tactiques, pour empêcher les gens de manifester dans la capitale pendant la période précédant les élections du 10 mai 2012, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les forces de sécurité continuent de placer en détention les gens qui essaient de manifester pacifiquement à Alger, dont au moins un candidat aux élections, et ont empêché des gens d’arriver jusqu’à la ville si elles les suspectaient d’avoir l’intention de manifester.

Le gouvernement a levé l’état d’urgence en février 2011. Les forces de sécurité, néanmoins, justifient leurs actions en se basant sur les lois répressives régissant les rassemblements publics, notamment une interdiction des rassemblements à Alger, la capitale, imposée suite à une manifestation ayant dégénéré en 2001. Ces lois vont à l’encontre des obligations de l’Algérie en termes de droits humains prescrites par le droit international. Le gouvernement devrait mettre un terme aux restrictions non justifiées de la liberté de rassemblement à Alger, a déclaré Human Rights Watch.

« Si les autorités algériennes ont vraiment l’intention de respecter les droits humains et les réformes démocratiques, elles devraient assouplir les lois pour montrer qu’elles ne craignent pas de laisser les Algériens exercer leur droit de rassemblement », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

Les forces de sécurité ont pris des mesures préventives et utilisé la force contre des groupes ayant tenté de braver l’interdiction des manifestations dans la capitale, particulièrement lorsque le motif de la manifestation était considéré comme politiquement sensible. Généralement, les forces de sécurité essaient de bloquer l’accès à l’endroit prévu pour une manifestation. Puis elles y pénètrent pour disperser tous ceux qui ont réussi à atteindre l’endroit, arrêtant certaines personnes et les transportant vers les postes de police, où elles les détiennent durant plusieurs heures avant de les remettre en liberté.

Dans son important discours du 14 avril 2011, le président Abdelaziz Bouteflika a annoncé des réformes, entre autres des amendements de la Constitution et des lois sur les élections, les partis politiques et les médias.

Depuis, le Parlement a approuvé de nouvelles lois dans tous ces domaines. Pourtant, le droit à la liberté de rassemblement reste fortement compromis. Les autorités n’ont ni levé l’interdiction de 2001, à durée illimitée, ni révisé la loi de 1991 régissant les rassemblements, qui exige une autorisation préalable pour toute manifestation publique.

Une interdiction illimitée de toutes les manifestations ne constitue pas une réponse adaptée à une marche ayant dégénéré en violences il y a 11 ans, mais plutôt une négation du droit des gens à se rassembler, a déclaré Human Rights Watch.

L’Algérie est un État partie du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui garantit le droit de rassemblement pacifique, ainsi que la liberté d’association et d’expression. Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, qui vérifie si les États se conforment au pacte, a prévenu l’Algérie que ses lois et pratiques concernant les rassemblements ne répondent pas aux critères de base exigés des États parties en termes de droits humains.

Arrestations arbitraires à Alger
Il y avait une forte présence policière le 20 avril à Alger, pour l’anniversaire des manifestations de 1980. Des Kabyles (Amazighs algériens) se sont rassemblés chaque année à cette date pour demander que leurs droits culturels soient mieux respectés. Abdelwahab Farsaoui, président du Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ), un mouvement de jeunes gens fondé en 1992 autour des thèmes des droits humains et de la démocratisation, a décrit à Human Rights Watch un incident qui s’est produit au centre-ville d’Alger :
J’étais avec neuf autres membres du RAJ, nous devions rencontrer un journaliste de la télévision française. Le rendez-vous était fixé en face de la Grande Poste. Quand nous sommes arrivés, nous avons vu un grand déploiement de forces de sécurité en train de vérifier les cartes d’identité des gens et d’arrêter certains d’entre eux. Il y avait eu un appel à manifester à Alger le 20 avril. Un groupe de policiers est arrivé et nous a demandé nos cartes d’identité. Puis ils nous ont arrêtés, bien que nous protestions  que nous n’avions rien fait. Ils nous ont emmenés dans une voiture de police jusqu’au poste de Cavaignac [au centre d’Alger], où nous sommes restés plusieurs heures avant d’être relâchés tard dans l’après-midi.
Farsaoui a précisé que pendant qu’il était au poste de police, il avait vu un autre groupe, des étudiants d’en-dehors d’Alger, la plupart de Tizi-Ouzou, arrêtés en même temps que les membres du RAJ. Un policier les interrogeait. Ils ont dit qu’ils étaient venus à Alger pour passer un examen de français au Centre culturel français, et lui ont montré la convocation à l’examen. Le policier a répondu, selon Farsaoui, « mais vous êtes censés passer l’examen demain. Tizi-Ouzou n’est qu’à une heure et demie d’Alger, vous auriez dû arriver demain ».

Redouane Boudjemâa, professeur de journalisme à l’Université d’Alger et membre du Groupe arabe d’observation des médias (Arab Working Group on Media Monitoring), une organisation non gouvernementale indépendante, a déclaré à Human Rights Watch que, le 20 avril, dix de ses étudiants avaient été empêchés de se rendre à Alger pour la semaine de cours débutant après le congé du vendredi :
Mes étudiants m’ont appelé pour me dire qu’ils ne pourraient pas assister aux cours du samedi parce que le vendredi, la police les avait empêchés d’embarquer sur les trains pour Alger. Ils avaient quitté la capitale pour le week-end, pour rentrer dans leurs villes d’origine. La plupart sont de Tizi-Ouzou [en Kabylie]. Le Comité national des étudiants amazighs démocrates avait appelé à marcher de l’Université d’Alger jusqu’au siège du gouvernement. Je pense que le gouvernement essayait de limiter le mouvement en empêchant les jeunes hommes de rentrer dans la capitale.
Dans un autre incident récent, le 26 avril, la police a arrêté plusieurs militants connus qui étaient en train de manifester en face du tribunal de Sidi Mohamed à Alger, par solidarité avec Abdelkader Kherba, membre du Comité national pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC), qui avait été arrêté le 18 avril et passait alors en jugement.

Les forces de sécurité ont arrêté Hakim Addad, ancien secrétaire général du RAJ, qui est candidat du Front des forces socialistes (FFS) aux élections législatives du 10 mai, de même que Tahar Belabès, porte-parole du CNDDC ; Mourad Tchiko, membre du Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (SNAPAP); Abdou Bendjoudi, militant du Mouvement des jeunes indépendants pour le changement (MJIC); et Yacine Zaïd, membre de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH).

Addad a déclaré à Human Rights Watch que les manifestants se comportaient pacifiquement et se contentaient d’exiger la libération de Kherba. Ils ne gênaient pas le flux de la circulation et ne provoquaient pas de désordre, a-t-il déclaré. Après avoir arrêté les manifestants, la police les a répartis entre plusieurs commissariats d’Alger et les a détenus pendant plusieurs heures avant de tous les relâcher sans inculpation.

Kherba lui-même a été poursuivi pour avoir participé à une manifestation pacifique. La police l’a arrêté en face du tribunal de Sidi Mohamed, où il était venu manifester sa solidarité avec les greffiers, qui étaient alors en grève depuis dix jours et organisaient un sit-in pour exiger de meilleures conditions de travail pour le personnel du tribunal. Kherba avait une caméra et filmait le sit-in quand il a été arrêté, a déclaré Amine Sidhoum, son avocat, à Human Rights Watch.

Les autorités ont inculpé Kherba d’« incitation directe à un rassemblement illégal » ainsi que d’« entrave à la liberté du travail » en vertu des articles 55 et 56 de la loi n° 90-02 du 6 février 1990, une loi « relative à la prévention et au règlement des conflits collectifs de travail et à l’exercice du droit de grève ». L’article 55 interdit d’amener ou de maintenir une cessation de travail; et l’article 56 interdit d’utiliser la fraude ou la violence pour entraver la liberté du travail. Sidhoum a déclaré qu’il avait plaidé que ces charges ne pouvaient pas s’appliquer aux actions de Kherba étant donné que les greffiers étaient déjà en grève depuis dix jours.

Lors de la première audience de l’affaire Kherba, le 26 avril, le procureur général a requis une peine de trois ans de prison. Mais le 3 mai, le tribunal l’a condamné à an avec sursis et à une amende de 20 000 dinars algériens (267 US$), avant de le libérer le même jour.

Contexte juridique
La loi algérienne régissant les rassemblements, promulguée en 1989 pendant une période d’ouverture politique et juridique, a été modifiée par le Parlement en 1991, alors que le pays a été le théâtre de manifestations massives et parfois de violents affrontements entre manifestants opposés au gouvernement et forces de sécurité.

La loi de 1991 a fortement restreint le droit à la liberté de rassemblement en modifiant les conditions légales pour tenir une manifestation, obligeant le groupe prévoyant un rassemblement à obtenir l’autorisation des autorités, au lieu de simplement les avertir.

Les « manifestations publiques » comprennent les parades, les processions, et de façon générale toutes formes de rassemblements organisés dans les voies et espaces publics. Les organisateurs de manifestations publiques doivent en demander la permission huit jours avant l’événement.

Le wali (gouverneur de province) doit annoncer son accord ou son interdiction du rassemblement public au moins cinq jours avant la date prévue. Lui ou ses subordonnés peuvent interdire tout rassemblement en informant ses organisateurs qu’il constitue « un risque réel de troubler l’ordre public » ou bien qu’« il paraît clair que l’objectif réel du rassemblement menace le maintien de l’ordre public ». De plus, la loi interdit toute activité, lors des rassemblements, qui seraient contraires aux « constantes nationales [les caractéristiques constitutives et immuables de la Nation] » ou qui pourraient « porter atteinte aux symboles de la révolution du 1er novembre, à l’ordre public ou aux bonnes mœurs ».

Participer à, ou inviter autrui à participer à une manifestation non déclarée est passible, selon la même loi, de trois mois à un an de prison et d’une amende de 3 000 à 15 000 dinars algériens (40 à 200 US$).

De février 1992 à février 2011, l’Algérie a été soumis à un état d’urgence qui a restreint davantage le droit à la liberté de rassemblement, en conférant au ministère de l’Intérieur de vastes pouvoirs, dont le droit d’interdire tout rassemblement « susceptible de troubler l’ordre public et la quiétude ».

Malgré la levée de cet état d’urgence, l’interdiction illimitée de toutes les manifestations reste en vigueur à Alger. Les autorités ont imposé cette interdiction le 18 juin 2001, quatre jours après une énorme marche pro-amazigh à Alger, qui avait attiré des participants de toute la Kabylie, région majoritairement amazighe, et qui avait dégénéré en pillages de boutiques et en affrontements entre la police, les manifestants et des jeunes gens du coin. Quatre personnes avaient été tuées et plus de 300 blessées. Justifiant l’interdiction, le gouvernement avait alors déclaré sa « ferme détermination à faire face à la grave dégradation de la situation observée pendant les événements tragiques et malheureux de ces derniers jours ».



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Yacine, Abdou et Sabrina, les visages d'un nouveau militantisme

Ce souvenir le fait encore rire. Un jour, un ministre déclara publiquement : "Il n'y a pas de pauvres en Algérie." En réaction, Yacine Zaid diffusa sur Internet une série de petites vidéos montrant la misère, qui toutes commençaient par une dédicace au ministre. Le buzz qui suivi, fut immédiat.
Toujours à l'affût d'une manifestation ou d'une scène de rue, cet internaute zélé, formé par des activistes américains, ne lâche jamais sa petite caméra blanche, qu'il se trouve à Alger ou chez lui à Laghouat, à 400 kilomètres au sud de la capitale algérienne, dans la région du plus grand gisement de gaz naturel d'Afrique.
C'est là que Yacine Zaid est né il y a 41 ans, et qu'il est retourné après avoir été élevé à Sidi Bel Abbès pour travailler comme agent de sécurité ; c'est là que les ennuis ont commencé.
La multinationale qui l'employait, et dont il n'a pas le droit, par décision de justice, de citer le nom, l'a licencié après sa tentative de créer, en 2006, un syndicat pour protester contre les conditions de travail. "Ce renvoi a été le commencement du cauchemar", soupire Yacine Zaid, "inondé de procès".
Plus d'une vingtaine de convocations devant le juge n'ont fait cependant que renforcer sa détermination. Pas un jour ou presque sans qu'il ne poste un message ou une vidéo pour prendre la défense du faible, alerter les journalistes et dénoncer un régime qu'il appelle de tous ses vœux à voir disparaître.
Depuis un an, il dirige le bureau de la Ligue algérienne des droits de l'homme, à Laghouat. "Il y a des gens qui ne comprennent pas, qui pensent que c'est un parti. Je leur explique que je suis là pour soutenir tous les mouvements pacifiques."
Lui, de toute façon, n'ira pas voter aux élections législatives, le 10 mai : "Aucun parti ne peut me représenter."
INFATIGABLE DON QUICHOTTE
Mais Yacine Zaid n'entraîne pas les foules. Dans un pays préoccupé par son quotidien, hanté par la guerre civile des années 1990-2000, où la société civile a été laminée, il reste isolé, avec un petit air de don Quichotte infatigable à l'assaut de géants et sans ressource.
"Je sais, c'est notre faiblesse, le manque d'engagement des Algériens permet au système de durer, soupire-t-il. Mais donnez-moi une Clio et je ferai chuter le pouvoir en Algérie ! s'enflamme-t-il, le regard noir. Eux, ils se servent seulement de l'argent du pétrole pour se maintenir !"
La même détermination anime Abdou Bendjoudi, 28 ans, originaire de Kabylie, qui dirige depuis sa création, en mars 2011, le Mouvement de la jeunesse indépendante pour le changement (MJIC). "Un changement radical, précise-t-il, pas un changement dans la continuité avec comme acteur principal le régime."
Le MJIC se définit comme un mouvement clandestin et a adopté pour slogan "Ceux qui ont fait la dictature ne feront jamais la démocratie." Il milite pour le boycottage des élections. "Le vote est un acte citoyen dans une démocratie, justifie Abdou Bendjoudi. Il ne l'était pas sous Ben Ali. Ces élections sont une vitrine pour l'Occident, mais la démocratie ne se limite pas à cela, ce sont des valeurs."
Fasciné par les révoltes du monde arabe, il a fait six fois le déplacement en Tunisie, y a même suivi les premières élections libres - "C'était magnifique" -, mais se montre circonspect sur la situation en Egypte. "On ne veut pas d'un changement incertain", confesse le jeune homme, qui a revêtu ce jour-là, par provocation plus que par conviction, un boubou bleu dans Alger, "parce que c'est d'actualité" avec les Touaregs au Mali.
MILITER POUR LE RÉVEIL DES CONSCIENCES
Blogueur depuis 2007, il utilise, comme Yacine, Facebook et Internet - Twitter n'est pas encore très répandu - pour passer son message. Ces outils de propagande sont jugés plus efficaces que les maigres rassemblements dans la rue, avec des draps pour banderoles, aussitôt dispersés par la police.
Début 2011, il a quitté un emploi enviable de responsable des achats chez General Electric, quitte à vivre dès lors de ses économies, pour s'engager à fond dans son combat : créer un tissu associatif militant et réveiller les consciences.
"L'élite en Algérie a été décimée, poussée à l'exil, et celle qui reste a fait allégeance au pouvoir, affirme-t-il. On a sous-traité la société à l'islamisme, en lui donnant le commerce informel, pour abrutir les gens et laisser les militaires au pouvoir. Aujourd'hui, on nous fait peur avec l'ingérence étrangère, mais nous, on dit que cette ingérence est créée par le pouvoir."
Musulman laïque, comme il se définit, il projette, avec l'aide d'universitaires, d'ouvrir une "école" de militants dans les locaux prêtés par une association féministe.
Un voile sage sur les cheveux, Sabrina Zouaoui, 29 ans, juriste, a rejoint le MJIC à ses débuts après une "première sortie sur le terrain", lors d'une manifestation à Alger, en janvier 2011. "C'est là, dit-elle, qu'on a décidé de se prendre en charge."

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dimanche 6 mai 2012

Sept greffiers du bureau fédéral de la justice en grève de faim illimitée

Sept des membres du bureau fédéral du secteur de la justice sont entrés, ce dimanche 6 mai en grève de faim illimitée. Cette grève intervient au lendemain de la grève nationale observée par les greffiers et qui a été «largement » suivie le 10 avril dernier.

Le président du bureau fédéral, initiateur de l’action que nous avons pu joindre par téléphone , nous a déclaré que «cette grève intervient au lendemain des dépassements commis à l’encontre des  greffiers protestataires  qui recevaient entre autres des avertissements, les obligeant de reprendre le travail et de cesser la grève au risque de se voir muter  ou passer au conseil de discipline ».
Les greffiers affilés au  syndicat  national autonome  des personnels de l’administration publique (SNAPAP)  reviennent ainsi à la charge, après la grève générale qui a débuté le 10 avril dernier.  En tous cas la grève n’a pas été suspendue, les uns ont été contraints de reprendre le travail, les autres n’y sont pas présents… La grève ne  s’est pas arrêtée », nous affirme  le président du bureau national.
Dans son communiqué rendu public ce dimanche, le SNAPAP déclare « rendre  responsable le pouvoir des conséquences  que peut engendrer  la grève de la faim et ses préjudices sur ces travailleurs ».
Par ailleurs,le syndicat  "déplore le mépris de la tutelle vis à vis de milliers de travailleurs en protestation contre l’injustice et l’autoritarisme aveugle".
Hamida Mechaï Elwatan
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Les partis politiques ont ignoré les atteintes aux droits de l’homme La LADDH et la LADH dénoncent «un silence complice»

La question des droits de l’homme a été quasiment absente dans les interventions des partis politiques.

Dans un contexte caractérisé par des interpellations et des condamnations de syndicalistes et de militants des droits de l’homme, les formations politiques engagées dans la course aux législatives ont tout simplement ignoré les questions des libertés individuelles et collectives, la liberté de manifester pacifiquement ainsi que le droits à la libre expression des opinions.
Les 44 partis politiques ont «zappé» ce chapitre auquel les Algériens accordent tant d’importance. C’est ce que déplore le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (Laddh), Noureddine Benissad : «Ce déphasage traduit un manque de volonté d’aller vers un vrai changement.» L’avocat pointe du doigt le régime, qui a favorisé un discours «pro-vote» en excluant toute voix discordante.
«Les Algériens ne sont pas naïfs. Ils savent que la diabolisation du Printemps arabe n’est plus adéquate dans la conjoncture actuelle», souligne-t-il. Le premier responsable de la Laddh affirme : «Malgré la levée de l’état d’urgence, les autorités interpellent les militants ou les citoyens qui ne partagent pas les thèses du pouvoir, pour écraser leur droit à la parole.» Toutefois, M. Benissad pense que «si le pouvoir a une mainmise sur les moyens d’expression, les Algériens parviennent toujours à exprimer et faire passer leurs idées». Le président de la Laddh rappelle, dans la foulée, le manque de représentativité des partis.  Pour sa part, le président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), Boudjemaâ Ghechir, dénonce le fait que «les autorités interpellent tout militant qui ne partage pas la vision du régime».
«Il faut comprendre que l’Algérie est revenue aux pratiques du parti unique. L’Alliance présidentielle, qui était composée du FLN, du RND et du MSP, a encouragé des agissements totalitaires. Les partis alliés au régime sont antidroits de l’homme et donc il ne faut rien espérer d’eux. Quant aux nouvelles formations, il subsiste toujours, dans l’esprit de quelques-uns, une peur des tenants du pouvoir», analyse M. Ghechir.
Les organisations autonomes et les mouvements citoyens, rappelons-le, subissent depuis des semaines une répression sans précédent. Une situation qui a fait réagir bon nombre d’ONG de défense des droits de l’homme.
Le Mouvement des jeunes indépendants pour le changement (MJIC), le Réseau pour la défense de la liberté et de la dignité (RDLD) et le Rassemblement action jeunesse (RAJ) ont été les principales cibles des forces de l’ordre.
Malgré cela, les militants de ces organisations n’ont pas ménagé leurs efforts pour soutenir le jeune Tarik Mameri, un internaute qui a appelé sur Youtube au boycott du scrutin du 10 mai. Ce dernier doit comparaître le 30 mai devant le juge pour répondre de quatre chefs d’inculpation, dont «destruction de biens d’autrui», «destruction de documents administratifs officiels», «incitation directe à attroupement» et «outrage à corps constitués».
Mehdi Bsikri Elwatan
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La famille qui parle, la famille qui se tait

Si ce qui nous tient lieu de classe politique s’est montré satisfait de la nouvelle loi sur les partis politiques, le mouvement associatif a accueilli la loi révisée sur les associations comme un texte porteur d’une régression, jamais tentée depuis 1990, en matière de libertés publiques.
Depuis, la pratique a justifié les appréhensions sur la menace que les nouvelles lois dites de “réformes” font peser sur les libertés publiques, les libertés syndicales, d’expression et d’opinion, notamment.
L’arrestation et les poursuites judiciaires déclenchées contre le syndicaliste Abdelkader Kherba et le jeune citoyen Tarek Mameri, en pleine campagne électorale pour l’ élection de “l’Assemblée nationale des réformes”, illustre la fonction répressive assignée à ce texte de “réformes”. En pleine campagne politique pour une “Assemblée de réformes”, le pouvoir tente d’étouffer l’expression publique, quand elle s’inscrit hors du cadre “agréé” des partis engagés dans le processus électoral.
Le régime croyait pouvoir faire passer l’ouverture du marché du clientélisme politique pour des réformes “démocratiques”. Malgré l’attraction exercée par l’appel sur de multiples opportunismes dormants, aux ambitions qui peuvent être qualifiées de tout sauf de politiques, et qu’il veut présenter comme de virtuelles options de changement, la société n’a apparemment pas mordu à l’artifice. Elle se tient globalement en dehors d’un processus maison de ceux dont le système, innovant, a toujours su inventer.
Pour que la recette aboutisse, il fallait que le silence régnât autour du “processus démocratique” et que seuls ses acteurs puissent témoigner de son caractère effectivement démocratique. Bien sûr, les partis d’appoint pourront dénoncer l’injustice électorale, et les observateurs noter “quelques irrégularités sans conséquences sur le résultat final”. Mais que vaut le commentaire d’un perdant ou les reproches mesurés d’un rapport édité deux mois après l’installation de l’Assemblée ?
Maina Kiai, rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté de réunion et d’association, ne s’y est pas trompé quand il observe que “l’Algérie se singularise par un retour en arrière dans le domaine de la liberté d’association, en limitant plus rigoureusement le périmètre d’action ou l’accès au financement des associations”, alors que “le Printemps arabe invite à un élargissement de la place octroyée à la société civile”.
Cette conception exclusiviste, qui réserve le droit à l’expression aux seuls clubs inscrits au championnat électoral et voue l’action syndicale, associative et citoyenne à la répression, légitime la suspicion populaire quant à une vie politique de compères. Ceux qui ont seuls le droit de participer à une vie publique encadrée et présentée comme libre et démocratique contre le privilège de rentes de statuts, peuvent alors faire semblant d’animer un débat public et contradictoire sur l’avenir du pays tout en fermant les yeux sur la répression des voix non homologuées par un agrément de parti.
À force de pourchasser la parole qui dérange, il ne serait pas étonnant que, le 10 mai, la classe politique choisie se retrouve, seule, en famille.

Par : Mustapha Hammouche LIBERTÉ 
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samedi 5 mai 2012

« URGENT » l’état de Santer des travailleurs grévistes de la faim de CEVITAL ce détériore





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Algérie : Appel à un rassemblement de soutien aux 16 travailleurs de Cevital en grève de la faim

Le comité de solidarité avec les 16 travailleurs de Cevital, en grève de la faim depuis deux semaines, appelle à la mobilisation des « forces sociales et politiques » et à un rassemblement, prévu lundi prochain devant l’enceinte de l’entreprise, pour réclamer la réintégration des grévistes. « Ces derniers ont été licenciés abusivement et en violation des lois de la République. Leur seul tort est d’avoir protesté pour réclamer leurs droits les plus légitimes » dont la création d’une cellule syndicale au sein de l’entreprise. « Nous, comité de solidarité avec les travailleurs grévistes de la faim, dénonçons avec fermeté la transgression des lois par le groupe CEVITAL à savoir la loi 90/11 relative aux relations de travail ou la loi 90/14 relative au droit syndical, et la convention de branches du secteur agroalimentaire signée lors de la tripartite en 2011 », affirme un communiqué du Comité de solidarité. Il est fait appel aux « forces sociales et politiques, (syndicats, partis politiques, mouvements associatifs et estudiantins), ainsi que les citoyens et citoyennes » et à « l’ensemble des candidats aux législatives » de se rassembler devant l’enceinte de Cevital, Lundi 07 mai à 12h00, « pour exiger la réintégration des seize (16) travailleurs licenciés et qui sont en grève de la faim ».

MAGHREBEMERGENT
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Arrestation de militants, manifestations réprimées… Le pouvoir tente d’empêcher la société civile de s’organiser

Depuis quelques jours, les arrestations parmi les militants de la société civile se multiplient. Abdelkader Kherba, militant du Comité national pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC) et de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme (Laddh), a été condamné, jeudi 3 mai, a un an de prison avec sursis. Son tort ? Avoir pris part à une manifestation aux côtés des greffiers de justice devant le tribunal de Sidi M’Hamed, à Alger.
Habituellement, depuis janvier 2011 et le début de la vague de troubles sociaux et politiques qui secouent l’Algérie, les militants interpellés lors de manifestations sont relâchés quelques heures après leur arrestation. Mais cette fois, la justice est allée jusqu’au bout de la procédure. Le militant Abdelkader Kherba a été détenu pendant quinze jours à la prison de Serkadji. « Je leur ai expliqué que je faisais mon travail en tant que syndicaliste. (Les policiers) se focalisaient sur des questions politiques », a‑t‑il expliqué à TSA à sa sortie de prison. Le cas Kherba a suscité de nombreuses réactions, y compris à Paris. « La France rappelle son attachement à la liberté de manifestation, en Algérie, comme partout ailleurs dans le monde », a affirmé, hier vendredi, lors d'un point de presse un porte‑parole du ministère des Affaires étrangères, Vincent Floreani, alors qu'il lui était demandé un commentaire sur la condamnation de ce militant.
 
La veille de la condamnation d’Abdelkader Kherba, un autre militant de la société civile était malmené par la police : Tarek Mameri, interpellé dans la soirée de mercredi par la police. La raison ? Le jeune militant algérois a posté depuis quelques semaines sur Youtube des vidéos qui ont connu un certain succès auprès des internautes. Dans ces enregistrements, Tarek critique vertement les responsables, parle de la désillusion de la jeunesse et appelle au boycott des prochaines législatives. « J'envoie ce message à tous les enfants de la capitale et de l'Algérie en général : ne cassez pas, ne brûlez pas pour qu'ils ne puissent pas dire qu'on est des voyous. Enlevez juste les panneaux et mettez‑les de côté pour qu'ils passent les prendre », disait‑il dans l'une de ses vidéos. Après deux jours de détention, il a été relâché. Son procès aura lieu le 30 mai. Les chefs d'inculpation retenus contre Tarek Mameri sont la destruction de documents administratifs, l’incitation à attroupement et l’outrage à corps constitué.
 
Ces arrestations emblématiques de militants viennent s’ajouter à la répression qui frappe systématiquement toute tentative de manifestation dans la capitale. Les greffiers de justice sont les derniers à avoir fait les frais de cette intransigeance du pouvoir. Menacés de licenciement par leur tutelle, ils avaient tenté d'organiser un sit‑in, le 24 avril, devant la Présidence de la République. Empêchés de tenir leur rassemblement et sommés de rebrousser chemin, ils ont été malmenés par les forces de l'ordre. Même si elles ne mobilisent pas les foules, les manifestations des associations de jeunes, comme le Raj ou le Mjic, sont systématiquement interdites.
 
Cette stratégie vis‑à‑vis des militants de la société civile contredit les promesses d’ouverture faites au lendemain du printemps arabe. Mais si le pouvoir semble disposé à laisser une marge de liberté aux partis politiques et aux médias, il affiche une fermeté sans précédent à l’égard de la société civile. Les dernières arrestations et les manifestations systématiquement interdites obéissent à un seul objectif : tenter d’empêcher la société civile de s’organiser, même à travers des initiatives qui peuvent paraître anecdotiques, comme des vidéos d’un jeune chômeur postées sur Youtube. 

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Restrictions et contrôle de la société civile l’ONU critique le recul de la liberté d’association en Algérie

Décriée déjà en Algérie, la nouvelle loi sur les associations vient d’être remise en cause par les Nations unies.

Le rapporteur spécial de l’ONU sur les libertés de réunion pacifique et d’association, Maina Kiai, relève un certain nombre de dispositions contenues dans ce texte, qui n’encourage pas l’émergence d’un mouvement associatif fort en Algérie. «Les prochaines élections législatives doivent permettre de répondre aux demandes légitimes de la société civile dans le domaine de la liberté d’association», affirme l’expert onusien dans un communiqué rendu public hier à Genève (Suisse). Il exhorte, dans ce sens, les autorités algériennes à revoir lesdites dispositions pour les mettre «en adéquation avec les exigences du droit international des droits de l’homme».
Maina Kiai déplore également le recul enregistré par l’Algérie dans ce domaine. «Alors que le Printemps arabe invite à un élargissement de la place octroyée à la société civile, il est tout à fait regrettable que l’Algérie se singularise par un retour en arrière dans le domaine de la liberté d’association, en limitant plus rigoureusement le périmètre d’action ou l’accès au financement des associations», insiste-t-il dans son communiqué. Il ne cache pas non plus ses préoccupations à l’égard de nombreuses dispositions de cette loi qui, selon lui, impose de nouveaux contrôles et restrictions quant à la création des associations ainsi que sur leur accès au financement. Le rapporteur spécial critique d’emblée la possibilité offerte par ce texte à l’administration «de rejeter des demandes de création des associations sans recours à la justice».
«La formation de toute association est désormais soumise à l’accord préalable des autorités, qui peuvent à présent refuser une demande d’enregistrement sans avoir besoin de recourir à un juge, tel que cela était le cas auparavant. Cette situation constitue un recul important par rapport à la loi 90-31 (1990) qui était en vigueur jusque-là», dit-il, en rappelant que cette nouvelle loi prévoit une peine d’emprisonnement et une lourde amende pour quiconque opère au nom d’une association non encore enregistrée ou agréée, suspendue ou dissoute.
Le rédacteur de ce document remet également en cause l’article fixant les objectifs et les buts des associations qui «ne devront pas être contraires aux constantes et aux valeurs nationales et que toute ingérence dans les affaires internes du pays entraînera la suspension ou la dissolution de l’association concernée». «Ces dispositions sont particulièrement vagues et sujettes à des interprétations abusives. Elles portent un coup grave à la jouissance du droit à la liberté d’association», met-il en garde.
Maina Kiai sollicite une invitation officielle d’Alger
Le rapporteur de l’ONU précise également que les associations constituent un moyen de première importance permettant à la population d’exprimer ses aspirations. «Elles doivent pouvoir, et en ont même la responsabilité morale, de s’intéresser à la vie politique intérieure de leur propre pays», souligne-t-il.
L’autre point critiqué est l’accès des associations au financement étranger. «Les associations algériennes seront privées de recevoir des fonds de toutes légations diplomatiques ou organisations non gouvernementales étrangères, en dehors des relations de coopération dûment établies. Il est à craindre que de telles dispositions soient utilisées pour entraver le travail des associations, notamment celles de défense des droits de l’homme», soutient-il, précisant que «l’accès au financement ne devrait pas être strictement restreint».
Ce faisant, Maina Kiai invite le gouvernement et les partis engagés dans la course à l’APN à œuvrer pour la révision de ce texte. Dans la foulée, il indique avoir sollicité une invitation officielle pour conduire une visite en Algérie : «Je compte sur une réponse positive à cette demande. Je me tiens dès à présent à l’entière disposition des autorités algériennes pour toute coopération technique dont elles auraient besoin pour s’assurer que la loi sur les associations et son application soient conformes aux standards du droit international.»

Madjid Makedhi Elwatan
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Arrêté mardi à Belcourt (Alger) : Tarik Mameri relâché

Le jeune Tarik Mameri, arrêté par la police mardi dernier dans la soirée, a été relâché hier. Son procès aura lieu le 30 mai.

Contacté par nos soins, maître Sidhoum, l’avocat constitué dans cette affaire, a déclaré que «Tarik sera poursuivi pour quatre chefs d’inculpation». Cette poursuite intervient suite à la diffusion de vidéos le montrant en train d’exprimer son avis sur les élections législatives. Les chefs d’inculpation sont «destruction des biens d’autrui et de documents officiels». Pour ces deux premières accusations, le jeune chômeur va s’expliquer par rapport à la dégradation des panneaux d’affichage placés dans le cadre de la campagne électorale et la destruction de sa carte électorale dans la mesure où le jeune réfute l’idée d’aller voter.
Deux autres chefs d’inculpation ont été retenus par le juge d’instruction, à savoir «incitation à l’attroupement et outrage à corps constitué».
Maître Sidhoum s’est félicité de la décision du relâchement de son client. Il s’est montré tout de même inquiet quant au rétrécissement du champ des libertés, notamment le droit à l’expression d’un point de vue autre que le discours officiel. La famille de Tarik, quant à elle, se refuse à tout commentaire.
Faut-il préciser que l’APC de Sidi M’hamed s’est constituée partie civile dans cette affaire ; elle est représentée par son président, M. Bourouina. La défense de l’accusé sera assurée par le Réseau des avocats algériens pour la défense des droits de l’homme (RADDH). Pour rappel, Tarik Mameri a été arrêté dans son quartier mardi soir. D’après Yacine Zaïd, militant des droits de l’homme, il avait été embarqué par des policiers en civil venus à bord d’un véhicule de type Caddy.

Djedjiga Rahmani Elwatan
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vendredi 4 mai 2012

jeudi 3 mai 2012

Le Web algérien se mobilise pour Tarek Mameri, arrêté pour avoir diffusé des appels au boycott sur YouTube


Capture de vidéo. 
 
Tarek était connu sur la Toile pour ses vidéos dans lesquelles il appelait à boycotter le prochain scrutin législatif algérien. Son cyberactivisme l’a mené derrière les barreaux, mais les réseaux sociaux algériens se mobilisent pour le soutenir.
 
Tarek Mameri, un jeune chômeur algérois de 23 ans, est connu pour son militantisme sur Internet. Mardi 1er mai à 21h, alors qu’il se trouvait avec deux amis près de chez lui, dans le quartier populaire de Belcourt à Alger, il a été abordé par quatre personnes, habillées en civil, se présentant comme des policiers. Ces derniers l’ont ensuite embarqué dans un véhicule banalisé. Les autorités n’ont pas pour l’instant communiqué sur les motifs de son arrestation. Les internautes sont toutefois persuadés que ce sont ses vidéos postées Youtube, dans lesquelles il appelle au boycott des élections législatives et où il critique les "combines" du régime du président Abdelaziz Bouteflika, qui valent à Tarek les foudres du pouvoir.
Dans cette vidéo, comme dans d’autres qu’il a mises en ligne ces dernières semaines, Tarek Mameri appelle à ne pas voter aux élections du 10 mai prochain et s’adresse directement au président algérien, Abdelaziz Bouteflika. Il accuse les personnalités au pouvoir de rouler pour leurs propres intérêts, de fermer les yeux sur les préoccupations d’une jeunesse désespérée. On le voit également mettre à terre des panneaux d’affichages dédiés aux candidats aux législatives.
Le jeune algérois, actuellement détenu au commissariat central d’Alger, devait passer le jeudi 3 mai devant le procureur de la république. Des proches et des syndicalistes soutenant le cyber-militant s’étaient donc rassemblés ce matin aux abords du tribunal Abane Ramdane. En fin de journée, le jeune homme n’avait toutefois toujours pas été présenté à la justice. Selon son avocat, Amine Sidhoum, membre du collectif "Réseau des avocats algériens pour la défense des droits de l’homme" (RADDH), la garde à vue de Tarek était censée légalement se terminer jeudi à 21 heures.
 
Toujours d’après l’avocat, Tarek se porterait bien et n’aurait pas subi de mauvais traitements. Pour l’instant, aucun chef d’inculpation n’a été communiqué mais l’avocat pense que Tarek pourrait être accusé de destruction des biens publics. Aucun article de loi algérien n’interdit en effet l’appel au boycott même si, fin avril, le ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, a mis en garde sur une radio ceux qui encourageraient le boycott des élections. Il a déclaré que "des sanctions sévères seront appliquées envers toute personne" qui nuirait à la crédibilité des prochaines élections. Un seul parti d’opposition, le RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie) appelle au boycott.
 
Plusieurs pages Facebook de soutien à Tarek ont été créées ces derniers jours, notamment Libérez Tarek Mameri. Son affaire suscite beaucoup de commentaires sur les réseaux et certaines des vidéos du jeune homme ont été vues plus de 13 000 fois.
 
Contacté par FRANCE 24, le ministère de la Justice algérien a refusé de commenter le cas de Tarek Mameri.

"Désormais, toute personne qui publie une vidéo sur Internet est susceptible de se faire enlever"

Abderrahmane Semmar est le co-administrateur du site citoyen "Envoyés Spéciaux Algériens" qui se mobilise en faveur de Tarek Mameri.  
 
Nous sommes tous choqués, bouleversés par la façon dont ce jeune a été enlevé. Pour nous, c’est une arrestation complètement mafieuse qui ne respecte aucune règle. D’ailleurs les autorités n’ont à ce jour ni démenti, ni communiqué sur cette affaire.
 
Tarek est connu à Alger pour son engagement sur Internet en faveur de la libertés d’expression. Tout le monde le connaît. Il n’a jamais appelé à une quelconque manifestation et encore moins à faire usage de la violence. Il ne défend aucun objectif politique et n’est affilié à aucun parti, à aucune organisation ni association. C’est un jeune comme tant d’autres qui essaye de se battre pour ses droits avec les moyens qu’il a à disposition.
 
Sur Internet, la mobilisation ne cesse de grandir depuis son enlèvement. Car désormais, on peut imaginer que toute personne qui publie une vidéo sur Internet est susceptible de se faire enlever de manière complètement arbitraire.

"Les opposants comme nous n’ont aucun accès à la presse arabophone, aux plateaux télévisés, aux radios"

Abdou Bendjoudi est un des fondateurs du MJIC, le mouvement algérien de la jeunesse indépendante pour le changement, qui sensibilise les citoyens sur leurs droits et appelle boycott des élections.
 
Si les Algériens se désintéressent des élections en général et de ce scrutin en particulier c’est qu’ils en ont marre. Avec cette assemblée, comme avec celle qui sera élue, il ne pourra pas y avoir aucun changement, aucun impact, car c’est l’exécutif qui contrôle le pouvoir en Algérie. Tous les pouvoirs, législatifs, judiciaire sont à sa botte.
 
On sent bien qu’à l’approche des élections, les relations avec les autorités sont de plus en plus tendues. Les arrestations sont de plus en plus fréquentes. Le régime verrouille tout. Les opposants comme nous n’ont aucun accès à la presse arabophone, aux plateaux télévisés, aux radios. Deux de nos militantes ont même été intimidées par des policiers en civil dans la rue. A quelques jours des élections, la pression augmente sur les militants.

 
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